Voilà un extrait du livre que je suis en train de lire : "La lumière du monde" de Christian Bobin. Je pense que ce passage parlera à certains d'entre-vous puisqu'il correspond tout à fait à ce qui se passe quand nous partons en balade avec notre appareil photo : le temps nous quitte ou bien nous quittons le temps l'espace d'un instant...

 

"Ce matin, j'ai vu six tourterelles perchées sur le tilleul, et la chance a voulu que cette scène soit découpée par les montants de la fenêtre. Elles étaient comme illuminées de silence. Chacune était sur sa branche avec autour du cou comme un demi-collier noir, à la fois trèc chic et très sobre. Chacune regardait dans la même direction, était extrêmement paisible et paraissait attendre quelque chose, et cela abolissait la différence entre le jour et la nuit. Elles étaient comme les gens d'un village qui seraient sortis sur le pas de leur porte pour attendre le passage d'un cortège princier. J'étais le septième là-dedans. Nous étions sollicités par la même claire et petite énigme. Nous attendios quelque chose qu'on avait du nous annoncer, d'à la fois inhabituel et de rare. J'ai senti que l'arbre lui-même était pris dans la même attente. Je n'avais jamais assisté à quelque chose de cet ordre-là. Evidemment, dans le visible, il ne s'est rien passé, aucun cortège n'est arrivé, mais j'en ai éprouvé une paix inimaginable. C'étaient six âmes dans une attente paisible et sûre. C'était une magie invraissemblable, avec, en plus le petit gravier de la pluie qui tombait. Ensuite le temps est revenu tout doucement. J'avais participé tout calmement à un petit mystère."

Extrait de "La Lumière du monde" de Christian Bobin

 

 

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